
Vous savez maintenant que les oublis répétés de votre enfant ne sont pas forcément dus à un manque d’attention ou de motivation. Si vous n’avez pas encore lu notre précédent article, je vous recommande de commencer par Pourquoi votre enfant oublie tout : comprendre la mémoire de travail, dans lequel nous expliquons pourquoi cette fonction exécutive joue un rôle essentiel dans les apprentissages.
La question que se posent ensuite la plupart des parents est toute simple :
« Que puis-je faire concrètement pour aider mon enfant ? »
La bonne nouvelle est que les recherches sont encourageantes.
Au cours de mes recherches en sciences de l’éducation, j’ai été frappée par un point commun à la plupart des études consacrées aux fonctions exécutives : les progrès des enfants ne reposent pas uniquement sur leurs capacités, mais aussi sur la manière dont leur environnement est organisé.
Autrement dit, avant d’essayer de «muscler» la mémoire de votre enfant, il est souvent plus efficace de diminuer la quantité d’informations que son cerveau doit gérer en même temps.
C’est exactement l’objectif des stratégies que vous allez découvrir. Elles ne demandent ni matériel compliqué, ni de longues séances d’entraînement.
Ce sont de petits changements dans votre quotidien qui, mis bout à bout, peuvent faire une vraie différence.
Avant de commencer : un changement de perspective
Lorsqu’un enfant oublie régulièrement ses affaires ou les consignes que vous venez de lui donner, notre premier réflexe est souvent de répéter plus fort ou plus souvent.
Pourtant, la mémoire de travail ne fonctionne pas comme un récipient que l’on pourrait remplir davantage simplement en insistant.
Imaginez que votre enfant essaie de porter dix sacs de courses en même temps. Ce n’est pas parce que vous lui répétez « Fais un effort ! « qu’il pourra les porter.
En revanche, si vous répartissez les sacs en plusieurs voyages, il y parviendra beaucoup plus facilement.
La mémoire de travail fonctionne de façon très similaire.
Lorsque le cerveau reçoit trop d’informations simultanément, il commence naturellement à en perdre une partie.
C’est pourquoi les stratégies les plus efficaces ne consistent pas toujours à demander plus d’efforts à l’enfant.
Elles consistent souvent à réduire intelligemment la charge cognitive.
Ce que dit la recherche
Les travaux sur la charge cognitive montrent que notre mémoire de travail possède une capacité limitée. Lorsqu’elle est surchargée, les performances diminuent rapidement, même lorsque l’enfant comprend parfaitement la tâche. Réduire cette charge améliore donc naturellement les apprentissages.
1. Donnez une seule consigne à la fois
C’est probablement le changement qui produit les résultats les plus rapides.
Beaucoup d’entre nous donnent des consignes comme nous réfléchissons nous-mêmes.
Par exemple :
« Monte dans ta chambre, prends ton pyjama, brosse-toi les dents, mets ton linge sale dans le panier et reviens me voir. «
Pour un adulte, cette phrase paraît simple.
Pour un enfant dont la mémoire de travail est encore immature, elle représente plusieurs informations à retenir, dans un ordre précis, tout en réalisant chaque action.
Le cerveau doit donc mémoriser la liste tout en l’exécutant.
Et c’est justement là que les difficultés apparaissent.
Essayez plutôt :
« Commence par prendre ton pyjama. Quand c’est fait, viens me voir. »
Une fois cette première étape terminée :
« Maintenant, va te brosser les dents. »
Vous aurez peut-être l’impression de perdre du temps.
En réalité, beaucoup de parents constatent exactement l’inverse.
Moins de rappels.
Moins de frustrations.
Davantage de réussites.
Exemple du quotidien
Votre enfant refuse d’éteindre la tablette.
Réaction peu efficace
« Éteins la tablette, va mettre ton pyjama, prépare ton cartable et dépêche-toi ! »
Votre enfant reste immobile, non pas parce qu’il refuse, mais parce que son cerveau est déjà saturé.
Réaction recommandée
« On commence par éteindre la tablette. Ensuite, je t’aiderai pour la suite. »
Une seule action. Un seul objectif.
Le cerveau sait immédiatement où concentrer son attention.
Ce que dit la recherche
Les études sur la mémoire de travail montrent que réduire le nombre d’informations à traiter simultanément augmente considérablement les chances qu’une consigne soit correctement exécutée.

2. Faites reformuler la consigne
Avez-vous déjà vécu cette scène ?
Vous demandez :
« Tu peux aller chercher ton cahier rouge ? »
Votre enfant répond immédiatement :
« Oui ! »
Puis revient les mains vides.
Ce n’est pas forcément qu’il n’a pas écouté. Il est possible que l’information se soit simplement effacée avant qu’il n’arrive à sa chambre.
Une stratégie très simple consiste alors à lui demander :
« Peux-tu me redire ce que tu vas faire ? »
Cette question oblige son cerveau à récupérer activement l’information, et c’est précisément cette récupération qui renforce la mémorisation.
Vous vérifiez en même temps qu’il a bien compris la consigne.
Exemple du quotidien
Vous dites :
« Va mettre tes chaussures puis prends ton manteau. »
Votre enfant répond :
« Je mets mes chaussures, puis je prends mon manteau. »
En quelques secondes, il vient déjà d’effectuer un premier entraînement de sa mémoire de travail.
Ce que dit la recherche
Les recherches en psychologie cognitive montrent que le fait de récupérer activement une information améliore davantage la mémorisation que le simple fait de la relire ou de l’entendre plusieurs fois.
3. Utilisez des supports visuels plutôt que votre mémoire
Lorsque nous oublions quelque chose d’important, que faisons-nous ?
Nous écrivons une liste.
Nous programmons une alarme.
Nous notons un rendez-vous dans notre agenda.
Autrement dit, nous utilisons notre environnement pour soulager notre mémoire.
Les enfants peuvent apprendre exactement la même stratégie.
Une check-list près de la porte.
Une photo du cartable correctement préparé.
Des pictogrammes dans la salle de bain.
Une routine illustrée dans la chambre.
Tous ces supports ont un point commun : ils évitent au cerveau de devoir tout retenir seul.
Petit à petit, votre enfant devient plus autonome.
Non pas parce que sa mémoire change du jour au lendemain, mais parce que son environnement l’aide à réussir.
Exemple du quotidien
Chaque matin, votre enfant oublie sa gourde.
Au lieu de lui rappeler chaque jour :
« N’oublie pas ta gourde ! »
Vous placez une photographie de tout ce qui doit se trouver dans son cartable juste au-dessus de celui-ci. En quelques semaines, beaucoup d’enfants commencent à vérifier eux-mêmes leur matériel.
Ce que dit la recherche
Les spécialistes des fonctions exécutives recommandent fréquemment d’utiliser des aides externes (listes, routines, pictogrammes, rappels visuels) afin de diminuer la charge imposée à la mémoire de travail et de favoriser progressivement l’autonomie.
4. Transformez les routines en «pilote automatique»
Avez-vous remarqué qu’il est beaucoup plus facile de se brosser les dents que de mémoriser une nouvelle poésie ?
Ce n’est pas parce que le brossage des dents est plus simple, c’est parce que vous n’avez plus besoin d’y penser.
Les neurosciences montrent qu’à force de répétition, certaines actions deviennent progressivement automatiques. Elles sollicitent alors beaucoup moins la mémoire de travail.
C’est précisément ce que permettent les routines.
Lorsque les mêmes actions sont réalisées dans le même ordre chaque matin ou chaque soir, votre enfant n’a plus besoin de retenir chaque étape.
La routine devient un guide. Par exemple, au lieu de rappeler chaque matin :
« As-tu pris ton goûter ? Ta gourde ? Tes devoirs ? Ton agenda ? »
essayez d’installer une séquence toujours identique :
✔ préparer le cartable ;
✔ ajouter la gourde ;
✔ mettre le goûter ;
✔ enfiler le manteau ;
✔ mettre les chaussures.
Au fil des semaines, cette succession d’actions demandera de moins en moins d’efforts.
Exemple du quotidien
Votre enfant oublie régulièrement son sac de sport.
Plutôt que de lui rappeler chaque mercredi matin :
« N’oublie surtout pas ton sac ! »
préparez-le avec lui la veille et placez-le directement devant la porte d’entrée.
Vous remplacez ainsi un effort de mémoire par une habitude.
5. Découpez les tâches en petites étapes
Nous demandons parfois aux enfants de réaliser des tâches qui nous paraissent très simples.
Pour eux, elles représentent pourtant une succession d’étapes qu’il faut retenir et organiser.
Prenons un exemple.
Vous dites :
« Fais tes devoirs. »
Pour un adulte, cette demande paraît évidente mais pour un enfant, elle signifie en réalité :
retrouver le bon cahier,
ouvrir à la bonne page,
lire la consigne,
comprendre ce qui est demandé,
chercher les informations,
écrire,
se relire,
ranger son matériel.
Lorsque toutes ces étapes arrivent en même temps, la mémoire de travail peut rapidement être dépassée. Découper la tâche réduit immédiatement cette surcharge. Commencez par une seule étape :
« Sors simplement ton cahier. »
Puis :
« Lis uniquement la première question. »
Votre enfant progresse plus sereinement et ressent davantage de réussites.
Ce que dit la recherche
Les travaux sur la charge cognitive montrent qu’une tâche complexe devient beaucoup plus accessible lorsqu’elle est fractionnée en petites étapes successives.
Pour aller plus loin
Quelles tâches ménagères à quel âge ? (Guide pratique pour accompagner votre enfant au quotidien)
6. Faites de la mémoire un jeu

Lorsque les enfants jouent, ils mobilisent naturellement leur attention, leur mémoire, leur flexibilité cognitive et leur capacité à résoudre des problèmes.
Autrement dit, ils entraînent leurs fonctions exécutives sans avoir l’impression de travailler.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le jeu occupe une place importante dans les recherches consacrées au développement de l’enfant.
Vous pouvez par exemple proposer :
- Jacques a dit ;
- le Memory ;
- les jeux d’observation ;
- les jeux de logique ;
- les jeux où il faut retrouver un objet caché.
Ces activités obligent votre enfant à retenir des informations pendant quelques secondes tout en réalisant une action.
C’est exactement ce que fait la mémoire de travail au quotidien.
Exemple du quotidien
Pendant le repas, lancez un petit défi.
« Je pars en voyage et j’emporte une pomme. »
Votre enfant reprend :
« Une pomme… et une banane. »
Puis chacun ajoute un nouvel objet.
En quelques minutes seulement, toute la famille entraîne sa mémoire de travail en s’amusant.
7. Encouragez votre enfant à créer ses propres stratégies
L’objectif n’est pas que vous lui rappeliez tout. L’objectif est qu’il découvre progressivement comment aider son propre cerveau.
Les adultes utilisent déjà ces stratégies sans même y penser.
Nous notons nos rendez-vous. Nous programmons des alarmes. Nous faisons des listes. Nous utilisons un agenda.
Les enfants peuvent apprendre à faire la même chose.
Par exemple :
- préparer une check-list ;
- utiliser des Post-it ;
- prendre une photo de leur cartable ;
- toujours ranger les objets importants au même endroit.
Ces habitudes développent progressivement leur autonomie.
Au lieu de dépendre de leur mémoire, ils apprennent à organiser leur environnement.
Ce que dit la recherche
Les spécialistes des fonctions exécutives recommandent d’enseigner explicitement ces stratégies de compensation. Elles permettent aux enfants de contourner certaines difficultés plutôt que de les subir.
Pour aller plus loin
10 conseils scientifiques pour développer l’autonomie des enfants
8. Répétez… mais intelligemment
Lorsque votre enfant apprend quelque chose de nouveau, son cerveau travaille énormément. Une seule répétition est rarement suffisante.
En revanche, il n’est pas nécessaire de passer une heure sur le même exercice.
Quelques minutes régulières sont souvent beaucoup plus efficaces qu’une longue séance occasionnelle.
Par exemple, plutôt que de revoir toute une poésie la veille de l’évaluation, relisez-en quelques lignes chaque soir. Le cerveau aura davantage d’occasions de consolider les informations.
Ce que dit la recherche
La psychologie cognitive montre que les apprentissages sont plus solides lorsque les révisions sont espacées dans le temps. Ce principe, appelé «répétition espacée», est aujourd’hui largement reconnu pour améliorer la mémorisation durable.
Et les jeux dans tout ça ?
Depuis le début de cet article, nous avons surtout parlé de l’environnement de votre enfant.
Mais il existe aussi une autre façon de soutenir sa mémoire de travail : l’entraîner de manière ludique.
C’est précisément pour cette raison que je crée des ressources autour des fonctions exécutives.
Au fil de mes recherches, j’ai constaté que les activités les plus efficaces sont souvent celles qui donnent envie aux enfants de recommencer. Lorsqu’un jeu mobilise la mémoire, l’attention, la planification ou la logique, l’entraînement devient presque invisible… et c’est souvent ce qui fait toute la différence.
C’est l’idée qui se cache derrière mes labyrinthes, mes Sudokus et mes kits sur les fonctions exécutives : proposer des activités qui développent les compétences dont les enfants ont besoin tout en conservant le plaisir de jouer.
Je découvre les jeux pour développer les fonctions exécutives.
Ce qu’il faut retenir
Si vous ne deviez retenir qu’une seule idée de cet article, ce serait celle-ci :
Les enfants qui ont une mémoire de travail fragile n’ont généralement pas besoin qu’on leur demande de faire plus d’efforts. Ils ont surtout besoin d’un environnement qui aide leur cerveau à gérer les informations plus efficacement.
En simplifiant les consignes, en installant des routines, en découpant les tâches et en utilisant le jeu comme support d’apprentissage, vous réduisez la charge qui pèse sur leur mémoire de travail.
Et c’est souvent à partir de là que les progrès apparaissent.
Les références scientifiques


Le développement de la mémoire de travail
Étude sur la capacité de la mémoire de travail des enfants en ce qui concerne les règles des tâches
La mémoire visuospatiale des enfants prédit la réussite en mathématiques au début de l’adolescence.
Maturation de la mémoire de travail : Pouvons-nous exposer l’essentiel de la croissance cognitive ?
Étude des rôles prédictifs de la mémoire de travail et du QI dans la réussite scolaire.
Bonjour
Merci pour ces explications très clair
A qui doit on demander de l’aide pour un garçon de 6 ans qui a des problèmes de mémoires du travail ?
Merci
Leslie
Bonjour Leslie,
Avez-vous essayé certaines des stratégies/ressources proposées dans cet article ? La recherche montre que le fait d’habituer votre enfant à des pratiques précises de façon quotidienne, même pendant cinq minutes, peut lui permettre d’exercer son cerveau et d’améliorer sa mémoire de travail. Toutefois, si rien ne semble fonctionner, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant qui vous orientera dans la bonne direction. Bon courage.